Le Pont du Gard

une histoire de près de 2.000 ans !

À seulement une vingtaine de kilomètres d’Avignon, en direction d’Uzès se trouve un vestige de l’Empire Romain : le Pont du Gard, un site incontournable dans la région.

Ce monument de près de 2.000 ans, conservé dans un état exceptionnel est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Il fait partie de l’aqueduc reliant une source près d’Uzès à la ville de Nîmes.

Le Forum Gallo-Romain de Némausus peint par Ferdinand Perthus (1883-1948)

Le Forum Gallo-Romain de Nemausus par Ferdinand Perthus (1883-1948)

Reconstitution des Thermes de Lutèce et de l'hôtel de Cluny par Camille Bernard (1914)

Reconstitution des Thermes de Lutèce et de l’hôtel de Cluny (Aquarelle de Camille Bernard 1914)

L’eau, élément essentiel de l’art de vivre à la romaine

Au 1er siècle après Jésus-Christ, la cité gallo-romaine de Nemausus (aujourd’hui Nîmes) avec ses 20.000 habitants, fait partie des villes les importantes de la Provincia Romana sur l’axe de communication principal entre Lugdunum (Lyon) et Rome.

À l’instar de Rome, qui était le modèle de tout l’empire romain, les habitants ont adopté les coutumes romaines et profitent des avantages de l’eau sous pression facilitant la vie de tous les jours. Les plus riches disposent de l’eau courante arrivant directement dans les fontaines de leur atrium (cour intérieure des villas privées). Les moins aisés viennent chercher l’eau aux nombreuses fontaines publiques placées aux carrefours des rues et sur les places.

Les Romains ne s’attardent pas pour la toilette chez eux mais se rendent régulièrement aux thermes et bains publics accessibles à tous, pour se laver mais aussi pour y passer des après-midis entiers à y rencontrer des amis, réaliser des transactions commerciales, se cultiver ou encore faire du sport. L’eau de l’aqueduc sert aussi à lutter contre les incendies, alors fréquents, et à assainir la ville en drainant le réseau d’égouts et les latrines (toilettes publiques où circule l’eau en permanence sous le siège). Les naumachies (combats navals) se tiennent à Nîmes comme à Rome en noyant les arènes de l’amphithéâtre. Il faut aussi fournir en eau les artisans (blanchisseurs, foulonniers, potiers, maçons…) pour leurs activités.

Pour satisfaire à tous ces besoins, les Romains avaient besoin d’une eau claire dont le débit ne varie pas d’une saison à l’autre. L’eau du Rhône étant trop trouble, le Gard et le Gardon étant à sec l’été et en crue en hiver, il fallait trouver une source à proximité au débit assez important. De plus, Nîmes se trouvant à une altitude de 59 mètres, ces cours d’eau étaient beaucoup trop bas. Pour alimenter la cité, il fallait nécessairement capter l’eau plus haut pour qu’elle s’écoule jusqu’à Nîmes par gravité. Une seule source remplissait tous les critères, la source d’Eure près d’Ucetia (Uzès) située à 72 mètres d’altitude.

Un aqueduc au tracé savamment étudié par les ingénieurs romains

Entre cette source et Nîmes, il n’y avait que 20 km à vol d’oiseau mais un obstacle se dressait entre les deux : le massif de la garrigue de Nîmes culminant à plus de 200 mètres d’altitude. Il aurait été impossible à l’époque de creuser un tunnel car la roche à cet endroit était beaucoup trop dure. Les Romains ont alors décidé de contourner l’obstacle par un aqueduc sur un tracé détourné de 50 km suivant une voie romaine. Cela simplifiait certes le transport des hommes et du matériel mais les architectes ont dû calculer la pente au plus juste tout le long du tracé puisqu’il n’y a qu’à peine 13 mètres de dénivelée entre la source et Nîmes.

Illustration reproduisant le chantier de construction du pont du Gard
Vue du canal dans lequel circulait l'eau

Canal du 3ème niveau du Pont du Gard où circulait l’eau.

La construction de l’aqueduc

La construction de l’aqueduc commence entre 40 et 60 après J.-C. pendant le règne des empereurs Claude et Néron. Le chantier durera de 10 à 15 ans dont 5 ans pour le seul pont du Gard.

Les eaux de la source d’Eure étaient dirigées vers un bassin de régulation tout près d’Uzès où leur débit était réglé manuellement avec un système de vanne en bois. L’eau s’engouffrait ensuite dans un canal vouté formant l’essentiel du parcours souterrain mais il fallut construire des ponts à arches et ponceaux pour franchir les vallons et garder une pente parfaitement constante. Le pont du Gard est la pièce la plus spectaculaire de cet aqueduc. Il s’agit du pont aqueduc le plus haut jamais construit par les Romains : 49 mètres de haut.

Le choix du site n’était pas dû au hasard.

Les architectes chargés du projet ont dû intégrer le problème du franchissement du Gardon et c’est à l’endroit précis du rétrécissement maximum de la gorge que le pont a été placé. De part et d’autre de la vallée, les émergences de roches calcaires pour y asseoir les fondations de l’édifice était un facteur de stabilité et sur la rive gauche, le versant nord relativement moins pentu, permettait d’approvisionner facilement le chantier.

Les architectes de l’époque l’ont conçu pour résister aux crues parfois violentes de la rivière. En effet, pour opposer le moins de résistance possible au courant, l’arche principale enjambe littéralement le lit du Gardon sur une portée de 25 mètres, ce qui est un véritable exploit pour l’époque. Par ailleurs, les piles ont été taillées en pointe afin de couper le courant. L’ouvrage se compose de 3 niveaux d’arches superposées : 6 arches, les plus larges au premier niveau, 11 au deuxième et 47 arceaux sur le plus haut niveau supportant le canal sur 275 mètres.

Pour construire l’aqueduc, il fallait essentiellement des pierres calcaires extraites pour la plupart de carrières à proximité du pont. Pour le seul pont du Gard, on estime qu’il en a fallu environ 50 000 tonnes, soit près de 5 fois le poids de la Tour Eiffel. Jusqu’à un millier d’ouvriers ont travaillé sur le chantier : carriers pour extraire les blocs de pierre, transporteurs pour les déplacer, tailleurs pour donner forme sur place aux blocs de calcaire tendre, terrassiers pour préparer le terrain, maçons, bûcherons, charpentiers pour fabriquer les cintres de bois et instruments de levage, forgerons pour façonner les outils en fer, chaufourniers pour brûler du calcaire de la garrigue afin d’obtenir la chaux…

Le canal (specus) où circulait l’eau est la partie essentielle de l’aqueduc.

Il mesure en général 1,30 m de large pour 1,80 m de haut. En forme de voûte supportée par deux piédroits, il repose sur une plateforme maçonnée de mortier de chaux. L’étanchéité était assurée par un mortier à base de sable, chaux et de débris de tuiles badigeonné ensuite d’un enduit imperméabilisant à base de jus de figue. L’eau y circulait en pente douce de 25 cm par km en moyenne. Sur 90% du parcours, le canal a été enterré et sur les 10% restant à laquelle appartient le pont du Gard, il a fallu construire des ponts avec des arches dont les Romains maîtrisaient la technique. La voûte est édifiée sur des cintres provisoires en bois. L’ouvrage permettait d’obtenir un débit de 460 litres d’eau par seconde.

Représentation de la construction du canal en voûte sur piédroits
Vue du Castellum Diversum : bassin d'arrivée de l'eau à Nîmes

Le bassin de réception à Nîmes (Castellum Diversum)

Au bout de l’aqueduc, après avoir traversé les tunnels de Sernhac creusés à l’aide de simples pics, l’eau arrivait à Nîmes dans un bassin appelé le Castellum Diversum (Château d’eau) implanté à flanc de colline. Destiné à la distribution des eaux dans la ville, il est l’un des rares monuments de ce type qui nous soit parvenu dans un remarquable état de conservation avec celui de Pompéi. Depuis ce bassin de répartition, l’eau était redistribuée vers les différents quartiers de la ville de Nîmes à travers un réseau de canalisations en plomb.

Pour construire l’aqueduc, on estime que la Cité gallo-romaine a dû engager autour de 100 millions de sesterces (l’équivalent à l’époque de 45 millions d’euros aujourd’hui). Son financement a certainement obligé le peuple à payer davantage d’impôts mais aussi de riches notables de Nemausus ont dû faire quelques dons et l’empereur lui-même a participé.

L’aqueduc au fil des siècles jusqu’à nos jours

L’aqueduc alimentera la ville en eau pendant 5 siècles. Ensuite, faute d’entretien le passage de l’eau sera progressivement obstrué et l’aqueduc perdra de son efficacité. Dès le IIIe siècle, les paysans ont puisé dans l’aqueduc par piquages. Les fuites ont causé d’énormes concrétions calcaires visibles le long des terres cultivées. L’ouvrage sera abandonné et partiellement détruit à partir du VIe siècle. Au XIIe siècle, beaucoup de pierres seront pillées pour construire des maisons et le pont du Gard deviendra piéton et permettra aux chariots de passer d’une rive à l’autre du Gardon. Un pont routier accolé au pont dit le Pitot (du nom de son concepteur l’ingénieur aramonais Henri Pitot) sera construit au XVIIIe siècle. Après son inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco en 1985, le site a été aménagé pour accueillir les visiteurs de plus en plus nombreux.

Aujourd’hui le pont du Gard est le seul exemple de pont antique à 3 étages dans un état de conservation exceptionnel et l’un des monuments les plus visités de France avec pas moins de 1,5 millions de visiteurs chaque année.

Représentation virtuelle de la structure du pont du Gard
Vue du pont du Gard en surplomb

Une journée entière doit être consacrée pour profiter pleinement de la visite. L’entrée payante comprend l’accès au site mais également la visite du Musée qu’il ne faut pas manquer. Il s’agit du plus grand centre d’interprétation en France sur le génie pluridisciplinaire romain et raconte l’histoire de l’aqueduc de Nîmes avec maquettes, reconstitutions à l’échelle réelle, visites virtuelles, écrans interactifs, ambiances sonores, salle de cinéma avec écran géant projetant un documentaire pédagogique utilisant des images de synthèse pour comprendre le défi technique que représentait la construction du pont pour les ingénieurs de l’antiquité romaine.

Au musée du pont du Gard, reconstitution d'un système de l'époque romaine

Un panorama à couper le souffle

À l’extérieur, vous pouvez découvrir tout le site à travers une promenade dans la garrigue surplombant le pont et admirer les points de vue sur celui-ci. Depuis cette colline, le panorama est magique et vous pouvez faire une visite guidée plus complète en accédant à l’intérieur du canal (différents horaires sont proposés en été). Une balade à pied au premier niveau permet d’observer les petites embarcations et canoés passant au-dessous. La baignade sur les berges est autorisée mais non surveillée et les baigneurs ne se privent pas de se rafraîchir dans les eaux du Gardon. Il est possible de pique-niquer sur place.

Panorama sur le pont du Gard depuis la garrigue
La borne d'entrée du site du pont du Gard
pictogramme info pratique

La visite du site

Le billet d’entrée comprend également le stationnement au parking du site. Il est à noter qu’il est extrêmement difficile voire impossible de se garer aux alentours. Une bonne alternative à la voiture pour les visiteurs non véhiculés est le bus au départ d’Avignon, car le site est facilement accessible à pied depuis l’arrêt du bus. Le trajet prend environ 30 minutes.

Une autre astuce consiste à acheter le billet d’accès sur Internet, son prix est mon cher qu’au guichet sur place et permet de passer par une file rapide.

Vue plongeante sur le Gardon sous le pont du Gard
Champs de lavande

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