3. Après l’enthousiasme des débuts, les difficultés à surmonter

Jeunes à la gare d’Avignon en 1960 pour le festival ©DR

Avec les années 1960, les premiers écueils surviennent. D’abord un immense chagrin, avec la disparition prématurée de Gérard Philipe fin 1959. Pendant les premières années, le Festival d’Avignon était resté le festival d’un seul homme, d’une seule troupe, d’un seul répertoire, d’une seule esthétique théâtrale. Vilar ne tenait pas à multiplier les lieux de spectacle. Il ne se consacrait qu’à la Cour d’honneur. Le public pourtant venait et revenait en masse : le Festival avait créé un véritable lien de confiance entre la troupe et les spectateurs. La capacité d’accueil de la Cour d’honneur avait été agrandie dès 1956 et ne cessera de l’être par la suite.

En 1963, Jean Vilar salue après son dernier spectacle

En 1963, Jean Vilar salue après son dernier spectacle : Thomas More ou l’Homme seul de Robert Bolt

La nécessité de consolider le Festival par une refondation

Jean Vilar aurait pu continuer ainsi ces moments de fusion entre acteurs et spectateurs en organisant cette messe théâtrale, mais il s’épuisait à jouer à tous les rôles : directeur du TNP, directeur et programmateur du Festival, unique metteur en scène de la Cour et enfin acteur. Il décide alors de changer toute sa conception du Festival et de le refonder. 1963 sera alors l’année de sa dernière apparition sur le plateau de la Cour d’honneur. Il y interprète le rôle-titre d’une pièce de Robert Bolt : Thomas More ou l’Homme seul. Le dernier soir, il vient saluer ému, en solitaire devant des spectateurs en pleurs.

Jean Vilar renonce au TNP pour mieux se consacrer au Festival

En 1964, Il abandonne la direction du TNP et organise sa succession en faveur de Georges Wilson, pour se consacrer entièrement à la direction du Festival. Il en change la nature comme si Avignon avait atteint son apogée et qu’il lui fallait se transformer pour se perpétuer. De cette manifestation qu’il avait modelé pour en faire un lieu consensuel entre esthétique théâtrale et public fidélisé, il réfléchit à en faire un festival de rencontres et de confrontation ouvert à d’autres formes et d’autres disciplines artistiques du spectacle vivant. En 1965, le Festival vend cinquante-quatre mille billets, ce qui ne veut pas dire cinquante-quatre mille spectateurs, chaque spectateur venant voir plusieurs pièces. La Cour d’honneur reste toujours l’unique lieu de représentation avec trois œuvres qu’y s’y jouent, toujours interprétées par les acteurs du TNP mais dans une mise en scène de Georges Wilson ou de Michel Cacoyannis. La Cour est pleine à craquer avec jusqu’à trois mille deux cents spectateurs par représentation.

Jean Vilar au Verger Urbain V pendant le festival 1964

Jean Vilar au Verger Urbain V en 1964

Jean Vilar au Verger Urbain V pendant le festival 1964

Jean Vilar et Georges Wilson

Jean Vilar et Maurice Béjart

Jean Vilar et Maurice Béjart dans la Cour d’honneur, à l’occasion d’une répétition du ballet de Béjart Messe pour le temps présent en 1967 © AFP

Pour sa 20e édition, le Festival s’ouvre à d’autres arts

Mais c’est pour la 20e édition en 1966, qu’il multiplie le nombre de spectacles et ouvre le festival de théâtre à d’autres disciplines, à la musique et à la danse. Il invite Maurice Béjart. C’est une entrée fracassante au Festival dans un enthousiasme débordant : le Ballet du XXe siècle. Cette compagnie d’interprètes magnifiques qui dansent pieds nus et en jeans conquiert immédiatement le public jeune. En 1966 et 1967, le théâtre et la danse se partagent la Cour d’honneur. Il introduit des concerts de musique classique et contemporaine. Même le cinéma fait son apparition dans la Cour d’honneur en 1967 avec la projection de La Chinoise de Jean-Luc Godard, œuvre prérévolutionnaire qui le dernier soir attirera des huées du public. Bien sûr, cette transformation, on pourrait même dire cette révolution, voulue par Vilar ne s’est pas faite sans critiques. Vilar sentait sans doute que la jeunesse était dans l’attente de nouvelles formes artistiques et il fallait bien assumer le risque de déplaire à certains comme on pouvait le lire dans certains articles de journaux : « Ah ! plaignez les pauvres Avignonnais assommés par les chinoiseries de Godard et le délire verbal de Billetdoux ; leur célèbre festival est en train de sombrer dans l’absconnerie » Le Méridional.

De nouveaux espaces scéniques naissent

Avignon, complexe et mystérieuse, cache derrière bien des façades des espaces merveilleux qui témoignent de la richesse de son histoire : édifices religieux, hôtels aristocratiques… À commencer par le Cloître des Carmes, un de ces lieux magiques d’Avignon qui s’imposera à partir de 1967 comme le deuxième lieu de représentations du Festival. Puis, le Cloître des Célestins, la Salle Benoît XII, la Chapelle des Pénitents Blancs. L’ouverture à ces nouveaux espaces ajoute à la diversification des styles et offre une plus grande marge de manœuvre au théâtre d’essai pour tester d’autres répertoires.

Le Cloître des Carmes, nouvel espace scènique du festival 1967
Jean Vilar et Maurice Béjart

Les réflexions sur les politiques de développement culturel

Jean Vilar lance le premier colloque sur le développement culturel du pays dès 1964 et se passionne pour la politique culturelle et les missions de service public du théâtre. Le colloque est ouvert à des sociologues, des universitaires, des responsables de mouvements d’éducation populaire, des hommes politiques et des élus locaux. On y débat de politiques publiques de la culture à l’échelle du pays, de décentralisation culturelle, du rôle de l’éducation artistique… Aussi, on peut dire que Vilar, en transformant le Festival, a fait preuve d’une grande ouverture d’esprit et a été un révolutionnaire sans le savoir. Il ne se doutait pas alors, que 1968 allait survenir et plonger le Festival dans un grand malentendu qui aurait pu lui être fatal.

La suite dans un prochain article :
1968 s’invite à Avignon

Le pubic dans la cour d'honneur pendant le Festival

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